humeur·nostalgie

Souvenir d’un fou…

Je me surprends parfois à repenser à ce garçon que j’ai connu plus jeune. Un artiste très torturé…

Je l’appellerai Paul par soucis de confidentialité.

C’était il y a au moins 10 ans, j’avais rencontré ce garçon par le biais d’un site de rencontre. Il était agréable, cultivé et passionné. Moi j’étais jeune et sa fougue me paraissait romanesque. Jusqu’au jour où je m’en suis lassée et je l’ai laissé.

Quelques années plus tard, certainement grâce aux réseaux sociaux, nous nous sommes retrouvés.  Nous échangions par messages uniquement et sa prose me fascinait toujours autant. Ce garçon était, à mes yeux, un génie de l’écriture. Il savait manier les mots et détenait un tel vocabulaire que j’étais persuadée qu’il réussirait à percer. Son rêve à lui, c’était le cinéma. Ecrire des scénarios. Et franchement, je l’en pensais capable. On avait prévu de se revoir un vendredi soir mais je n’avais plus eu de nouvelles. Étrange, mais ce garçon restait imprévisible et je ne m’étais pas plus inquiétée que ça. La semaine suivante, sa sœur m’apprenait qu’il demandait à me voir. Elle m’expliqua qu’il s’était disputé violemment avec son père et qu’il était à l’hôpital … au service psychiatrique. Elle s’excusait de me demander ça alors que personne dans sa famille ne me connaissait et répétait qu’elle comprendrait si jamais je refusais. Bien au contraire, j’acceptais. Elle m’informa alors que je pouvais lui rendre visite le mardi après midi.

A l’époque, je n’avais pas encore le permis et je me souviens encore de la navette qui m’emmenait « chez les fous ». Je demandais au chauffeur du bus si j’était bien dans la navette qui menait au service psychiatrique de l’hôpital. Et le chauffeur de me demander si j’étais infirmière. Je ne sais pas pourquoi cette conversation m’est restée. Je lui expliquais donc que non, je rendais visite à un ami. Il me raconta alors que les patients s’échappaient souvent et que la semaine précédente, il avait pris dans sa navette les infirmières paniquées qui cherchaient un homme qui s’était enfui. Lui, ça le faisait rire. Moi, moins.

J’arrivais donc, un peu perdue, me demandant ce que je faisais là, devant l’entrée de l’hôpital. Pas d’accueil, juste un grand bâtiment. Je téléphonais à la sœur pour être sûre d’atterrir au bon endroit. Tout en avançant, je continuais à m’interroger sur ce qui me poussait à venir ici. J’arrivais en haut d’un escalier, devant une grande porte battante. Je sonnais et un infirmier du genre armoire à glace m’accueillait. Par chance, Paul se trouvait dans l’une des premières chambre. Il était avec un petit vieux qui était là pour dépression mais qui avait l’air plutôt enjoué. Paul s’excusait de me faire venir jusqu’ici, de ne pas avoir été là pour notre rendez-vous et m’avoua qu’il pensait que je ne viendrais pas. Il m’expliqua qu’il s’était disputé avec son père et que, dans une crise de rage, il était passé par la fenêtre. Je ne sais plus bien s’il a sauté par la fenêtre ou s’il a mit un coup dedans. Après cela, nous avons traversé le couloir pour aller dans la salle fumeur. J’entendais des gens crier. Et je crois que je me souviendrais toujours de cette femme, assise sur le coté droit, complètement shootée par les médicaments qui avait tenté de m’attraper la main au moment où je passait à coté d’elle. Ses yeux vitreux, son visage gris et sa posture recourbé, cette femme faisait à la fois peur et peine. Le « fumoir » se trouvait au bout de ce lugubre couloir plein de détresse. Je vois encore ce briquet qui pendait au bout d’un fil. Mesure de sécurité pour ne pas que les patients le volent et tentent de s’immoler. Des cendriers débordant, l’odeur de tabac froid et les murs jaunâtre avec une petite fenêtre en hauteur, c’était le fumoir. Un homme était avec nous. Il fumait cigarette sur cigarette en racontant des choses incohérentes et marmonnant parfois dans sa barbe. Nous sommes ensuite sortie dans le jardin et sommes retournés dans la chambre où son père nous avait rejoint.

Il est sorti peu de temps après. Notre histoire n’a évidemment pas durée. Mais souvent, je pense à lui et je me demande ce qu’il a bien pu devenir. A-t-il repris ses études? Est-il enfermé dans un hôpital? Ecrit-il toujours? A-t-il réussi à dépasser sa colère? Etait-il vraiment malade?

Il m’avait envoyé une lettre d’une vingtaine de pages, dans laquelle il me racontait son quotidien en HP, puis il divaguait sur ses films préférés, parlait de moi comme d’une cigarette qui empoisonne et tue lentement… Malgré toute la folie de ses écrits, il y avait là une plume d’artiste…

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