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Madame la jurée

Il y a un peu plus d’un mois, j’ai reçu une lettre de la cours d’assise. Automatiquement, alors que je n’avais rien à me reprocher, je me suis demandée ce que j’avais fait. Rien, en fait, j’ai juste été tirée au sort pour être jurée titulaire aux assises. Retour sur cette session de 3 semaines…

Le premier jour, nous sommes une bonne trentaine de personnes, tous un peu perdus, à se regarder et à se demander ce qui nous attend. Le lundi matin est consacré à notre « formation », aux demandes de dispense de chacun et aux questions. Nous entrons dans la salle des assises. Un box vitré à gauche, des fauteuils et un grand bureau en face, un peu surélevé et un autre bureau sur la droite avec un banc un peu plus bas. Au centre, quatre ou cinq rangé de bancs, ceux où nous prenons place.

Tout le monde est un peu nerveux, on ressemble à des enfants le jour de la rentrée en sixième! Les greffiers nous expliquent le déroulement de la première journée. L’adjoint du procureur se présente. 28 ans de métier et toujours passionné. Il nous donne un rapide cours d’histoire sur les assises pour nous détendre. Puis on nous informe que lorsque la cours entrera, il faudra nous lever. On visionne un film et c’est l’heure de la pause déjeuner. A notre retour, les choses sérieuses commencent…

« LA COURS! » disciplinés et stressés, nous nous levons. C’est l’heure du tirage au sort. L’accusé est dans son box et la plaignante à notre droite avec son avocate. Ambiance…

Nos noms sont placés dans une petite boite et le Président sort le premier numéro… « juré N°… » c’est moi! Je suis le premier juré de cette première affaire. Je m’assois à coté du magistrat et je signerai le compte rendu à coté de Monsieur le Président à la fin du procès…

Je tremble un peu quand même. C’est très impressionnant!

Trois jours de procès. Les experts défilent, on entend les témoignages de chacun. Il faut rester impassible, inexpressif (très compliqué!). Interdiction de rire, de pleurer, de montrer des signes d’agacements…

Le dernier jour, nous entendons les plaidoiries et nous nous retirons pour délibérer. Autant vous dire que lorsque vous vous retrouvé devant votre feuille et que vous devez décider de l’avenir de deux personnes, vous n’en menez pas large. La question cruciale étant « Avez-vous une intime conviction? ». 

Au final, sur une session de trois semaines, j’ai été tiré au sort à chaque procès. Récusée deux fois et j’ai demandé une dispense pour le dernier. J’ai assisté en tout à trois procès. Tous différents. J’ai entendu des gens raconter la misère de leur vie, les atrocités vécues. Sur le deuxième procès, j’ai craqué après le témoignage de la plaignante. Je me suis effondrée en larmes à la pause et j’ai continué à pleurer dans ma voiture en rentrant chez moi. J’ai eu de la peine pour certains accusés. Oui, pour les accusés. Parce que ce que vous lisez dans les journaux est fortement teinté de l’avis du journaliste et influence votre jugement à vous qui n’avez pas assisté au procès et qui n’avez pas tous les détails. (L’article sur le dernier procès auquel j’ai assisté m’a fortement agacé d’ailleurs!)

En conclusion, ce fut une belle expérience, pleine d’émotions et d’empathie. Des cas pas évident, pour nous simple civils habitués à notre petit confort. J’ai appris qu’il ne suffisait pas de se baser sur les témoignages d’experts et autres mais de se fier aussi à son instinct, à son intuition. C’est une expérience épuisante. Je ne pouvais pas rentrer chez moi immédiatement. Il fallait que j’aille chez une amie ou boire un verre avant de rentrer pour parler d’autre chose et me changer les idées. L’idée que j’ai qu’il ne faut pas juger avant d’avoir eu tous les éléments d’une histoire s’est confirmée. Et l’idée que le destin joue un rôle dans nos vies aussi. On a refait toutes les histoires avec des « oui mais si elle n’avait pas fait ça… » ou « si il n’avait pas été là… ». J’ai essayé de penser comme un malade mental pour tenter de comprendre sa logique et sa vision du monde. Comme une des victimes. J’ai entendu différents points de vue sur une même histoire. Chacun avec sa vision des choses. J’en ressors assez émue et je pense que ces trois histoires de vies resterons toujours dans un coin de ma tête. Ce matin, en quittant le tribunal pour la dernière fois, j’avais un petit pincement au cœur. Pour me réconforter, j’ai claqué la bise au policier chef des assises qui nous accompagnait aux pauses cigarettes!

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2 réflexions au sujet de « Madame la jurée »

  1. Tu as bien du courage ! Ça doit être humainement éprouvant tout de même lorsque l’on est doté d’un minimum d’empathie, en tout cas ton témoignage me donne juste envie de prier davantage pour ne jamais être tirée au sort ! Je suppose qu’il t’a fallut un temps d’adaptation avant le retour à la vie normale après toutes ces émotions non ? 🙂

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    1. C’est très éprouvant. Il faut essayer de comprendre les deux partis, personnellement j’ai essayé de me mettre à leur place, de comprendre leur façon de penser, qui n’est pas forcément la même que la mienne. Il faut rester ouvert d’esprit et écouter tous les détails des expertises. C’était épuisant! Mais c’est une expérience très enrichissante malgré tout! 🙂
      Le retour à la vie normale est assez étrange en effet mais il faut apprendre à se détacher de tout ça pour ne pas se ronger l’esprit après!

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